samedi 20 décembre 2008

Nobody knows de Kore-Eda Hirokazu, festival de Cannes 2004


NOBODY KNOWS
Kore-eda HIROKAZU : Montage / Producteur / Réalisateur / Scénario

Sur la production

Le tournage du film a commencé en automne 2002 et s'est poursuivi jusqu'en été 2003, au fil des quatre saisons. Kore-eda a monté le film au fur et à mesure, ce qui lui a permis de travailler la construction de chaque partie en fonction de ce qu'il venait de monter.

Il a tout fait pour instaurer avec les jeunes acteurs amateurs une atmosphère de confiance et de communication et c'est en adaptant ses techniques de mise en scène qu'il a pu les filmer avec justesse. Le tournage s'est déroulé dans un ordre chronologique. Les enfants se sont donc développés physiquement et psychologiquement dans la vie réelle comme les personnages qu'ils incarnent dans le film.

Dans ses films de fiction précédents, Kore-eda avait déjà utilisé des techniques propres au documentaire. Dans NOBODY KNOWS, il va au bout de sa démarche et parvient à brouiller les limites entre fiction et documentaire comme jamais il ne l'avait fait.


Kore-eda retrace l'évolution des sentiments de ces jeunes personnages à travers des détails de leur vie quotidienne dans un petit appartement à Tokyo : du vernis à ongles, un piano miniature, des sandales qui font du bruit, un bol de nouilles instantanées, une boîte de chocolats...

Son but n'est pas seule
ment de dépeindre l'univers de ces enfants abandonnés mais de montrer la douceur et la beauté de l'enfance.

Pour incarner le rôle de la mère insouciante, Kore-eda a choisi YOU, une vedette de la télévision dont c'est la première apparition au cinéma. Le célèbre duo Gontiti a composé pour le film une musique douce à base de guitare et d'ukulélé pour mettre en valeur l'univers des enfants. La chanteuse Tate Takako qui joue le rôle de la caissière à la supérette est l'interprète de la chanson finale "Jewel".


L'histoire

Automne
Keiko et ses quatre enfants - Akira, Kyoko, Shigeru et Yuki - viennent d'emménager dans un petit appartement à Tokyo. Keiko donne ses consignes : interdiction de crier et de sortir, même sur le balcon. La famille serait renvoyée si le propriétaire apprenait que Keiko élevait seule ses quatre enfants. Les enfants sont tous de pères différents et n'ont jamais été à l'école. Akira qui a douze ans s'occupe de ses frères et soeurs car sa mère s'absente souvent pour aller travailler. C'est une famille chaleureuse et unie qui profite pleinement de chaque instant de la vie.Un jour, Keiko disparaît en laissant un peu d'argent et un mot à l'attention d'Akira disant "Ta maman doit partir pour quelques temps. Occupe-toi de Kyoko, Shigeru et Yuki." Ainsi commence une nouvelle vie pour ces quatre enfants livrés à eux-mêmes, une vie cachée de tous.

Hiver
Un mois s'est écoulé depuis le départ de Keiko. Les quatre enfants parviennent encore à se débrouiller et respectent les règles de la maison. Un jour, Keiko revient sans prévenir avec des cadeaux. Mais elle ne reste pas longtemps. Elle prend ses affaires d'hiver et repart en promettant de revenir pour Noël. Ce qu'elle ne fait pas. Comme elle n'est toujours pas revenue pour le Jour de l'An, Akira appelle un numéro de téléphone qu'il a trouvé et il entend sa mère répondre sous le nom de Mme Yamamoto. Bouleversé, il raccroche. Il réalise que sa mère les a abandonnés. Mais il ne veut pas que son frère et ses sœurs l'apprennent.



Printemps
Keiko n'envoie plus d'argent et les enfants n'arrivent plus à régler les factures. Akira décide de mieux s'occuper de ses frères et sœurs car il réalise l'importance de rester unis. Les quatre enfants sortent de l'appartement tous ensemble pour la première fois. Ils n'ont pas respiré l'air libre depuis si longtemps qu'ils sont fous de joie. Ils vont s'acheter tout ce qui leur fait plaisir dans un supermarché et vont jouer au parc.


Eté

Désormais, les enfants sortent au parc tous les jours. L'eau et l'électricité ont été coupées. Ils vont donc s'approvisionner en eau et faire leur lessive au parc. Ils y voient souvent une jeune fille en uniforme de collège. Elle s'appelle Saki et ne va plus à l'école. Méfiante au départ, elle se lie d'amitié avec Akira. Par ailleurs, Akira montre les premiers signes de découragement.



“Nobody knows”
par Kore-eda Hirokazu


Les faits réels

Ce film s'inspire d'un fait divers connu sous le nom de "l'affaire des quatre enfants abandonnés de Nishi-Sugamo". Cette affaire s'est passée il y a 16 ans, en 1988. Nés de pères différents, ces enfants n'étaient pas scolarisés et n'existaient pas légalement car leur naissance n'avait pas été déclarée. Abandonnés par leur mère, ils ont vécu livrés à eux-mêmes pendant six mois. La mort de la benjamine a mis fin de façon tragique à cette aventure. Curieusement, aucun habitant de l'immeuble ne connaissait l'existence de trois de ces enfants.Ce fait divers a suscité en moi diverses questions. La vie de ces enfants ne pouvait pas être que négative. Il devait y avoir une richesse autre que matérielle, basée sur des moments de complicité, de joies, de tristesses et d'espoirs. Je ne voulais donc pas montrer "l'enfer" vu de l'extérieur, mais "la richesse" de leur vie, vue de l'intérieur.


Une période de 15 ans

J'ai eu du mal à concrétiser ce projet et finalement, quinze années se sont écoulées après la première mouture du scénario. Cette affaire était-elle toujours d'actualité quinze ans plus tard ? Avant d'en faire un film, je devais me poser la question. D'après les statistiques du Ministère de l'Education Nationale, le nombre d'enfants entre 7 et 14 ans au domicile inconnu est passé de 533 en 1987 à 302 en 2000 mais ces chiffres ne concernent que les enfants dont la naissance a été déclarée.

Et si l'on tient compte du fait que la natalité a baissé, on peut supposer qu'il y a aujourd'hui plus d'enfants qui vivent clandestinement comme c'est le cas d'Akira et ses frères et sœurs.Cette affaire n'est donc pas un cas isolé propre à Tokyo,

mais un problème de société qui nous concerne. Le protagoniste du film ne représente pas le jeune garçon de ce fait divers de 1988, mais un enfant comme il en existe des milliers aujourd'hui parmi nous, sans qu'on le sache.


Un deuxième metteur en scène

YOU est quelqu'un qui vit dans le présent. J'ai compris qu'elle m'apporterait l'insouciance positive que je recherchais. Elle est arrivée sur le tournage sans préparation, et n'avait pas lu le scénario que je lui avais remis. On peut interpréter cela à la fois comme de la désinvolture et de la confiance en soi. Sur le tournage, sa force de concentration et sa vivacité d'esprit m'ont souvent impressionné. Elle était d'une grande spontanéité, et en même temps, savait recadrer les enfants dans l'histoire du film quand ils s'en écartaient. Je l'ai donc impliquée dans la direction d'acteurs en lui donnant des instructions comme "il faut que tu fasses rire Akira". On peut vraiment dire qu'elle a été comme un deuxième metteur en scène sur le tournage.


Le choix de l'appartement

70% du film se passe dans cet appartement. Afin de pouvoir montrer l'intérieur de façon différente, je pensais qu'il valait mieux qu'il y ait un balcon. Il ne fallait pas d'ascenseur, pour qu'on puisse voir le protagoniste monter et descendre les escaliers au début et à la fin du film.L'appartement sélectionné remplit toutes ces conditions. En plus, il se trouve au premier étage, au fond d'un couloir sombre. Il est donc isolé par rapport aux autres logements, ce qui est idéal pour cette femme qui veut vivre cachée avec ses enfants. La fenêtre dans l'escalier a aussi retenu mon attention. Je m'en suis servi pour donner une touche de suspens à la vie quotidienne des enfants.Cet appartement comprend deux pièces : la chambre de la mère avec des tatamis en face du balcon, la cuisine et le salon en face du couloir. La superficie totale est de 41,3 m2. C'est dans cet univers que tout se passe.

Bande-annonce du film


Les chocolats Apollo

Nous avons tourné avec un scénario volontairement détaillé, auquel les enfants ont spontanément apporté de nombreuses modifications. Celles-ci étaient notamment liées au fait que Yuuya qui joue le rôle d'Akira a beaucoup grandi au cours du tournage, mais pas seulement. Par exemple, j'avais imaginé que la petite Yuki aimait les Pocky à la fraise, mais elle m'a dit qu'elle préférait les chocolats Apollo. KIMURA Hiei qui joue Shigeru mangeait peu sur le tournage parce qu'il est assez difficile. On avait imaginé qu'il aimait les nouilles instantanées et le hasard a fait qu'il adorait ça. Dans la scène où on le voit finir sa soupe avec du riz, je l'ai laissé improviser. Pendant le casting, une petite fille était venue avec des sandales qui faisaient du bruit. Ce détail m'a plu. Quand Yuki sort pour aller chercher sa mère, elle porte des sandales comme celles-ci.


Les mandarines

Quand j'étais petit, je faisais pousser des fleurs, des fruits et légumes, dont un mandarinier qui est toujours sur le balcon de ma mère. Ce film a donc été nourri non seulement par les enfants avec qui j'ai travaillé mais aussi par ma propre enfance, à travers des détails et des sentiments que j'ai ressentis à l'époque (anxiété en attendant le retour de ma mère, tristesse de perdre un ami...). J'ai une grande différence d'âge avec le protagoniste, mais je suis né à Tokyo et j'y ai toujours vécu. Je pense que c'est le lieu que je peux le mieux dépeindre. Je connais l'univers de ces enfants et j'ai ép
rouvé des sentiments proches de ce qu'ils ont pu vivre. C'est dans cet esprit que j'ai mis une part de moi dans le film.


Kore-eda Hirokazu
NOBODY KNOWS est le quatrième long métrage de fiction de Kore-eda Hirokazu.

Son premier long métrage de fiction, MABOROSI, a remporté l'Osella d'Or au festival international de Venise en 1995. Son deuxième long métrage, AFTER LIFE, 1999, a remporté un grand su
ccès international, et fait actuellement l'objet d'un remake produit par la 20th Century Fox. Son troisième film, DISTANCE, a été présenté en compétition officielle au festival international de Cannes en 2001.

Né à Tokyo en 1962, Kore
-eda est diplômé de littérature de l'Université de Waseda en 1987. Il rejoint alors l'équipe de TV Man Union, grande société indépendante de production télévisuelle où il a réalisé de nombreux documentaires primés. On peut notamment citer SHIKASHI, documentaire sur le suicide d'un haut fonctionnaire du ministère de l'environnement chargé du dossier des victimes de la maladie de Minamata, et ANOTHER EDUCATION, documentaire sur une classe unique à la campagne dont la pédagogie est basée sur l'élevage d'un veau. Kore-eda a également réalisé AUGUST WITHOUT HIM, un documentaire sur le premier Japonais à avoir annoncé publiquement qu'il avait le Sida, et WITHOUT MEMORY, le portrait d'un homme ayant des troubles de mémoire et de sa famille.


Il a également produit les longs métrages de deux jeunes réalisateurs japonais : KAKUTO de Iseya Yusuke présenté au festival de Rotterdam 2003 et WILD BERRIES écrit et réalisé par Nishikawa Miwa qui a été présenté dans le cadre du festival New Directors/New Films à New York en 2003.

Les images et les textes de ce billet sont reproduits avec l'aimable autorisation de ARP SELECTION.

mercredi 26 novembre 2008

Soirée Japon du 25 novembre en images - librairie Le Divan

Merci à tous nos invités, venus partager dans une très belle librairie un peu de notre passion pour le Japon.


Un grand merci également à Lydia Gautier, auteur de plusieurs ouvrages sur le thé chez Aubanel, Kaori Endo, auteur de "Une japonaise à Paris", à Alexis Bernier, directeur de la publication du magazine TSUGI, de nous avoir accompagné pour cette soirée japonaise.


Et bien sûr, un immense MERCI à l'équipe du Divan, Charline, Elise, Jacques et Philippe pour leur accueil chaleureux, leur bonne humeur et leur professionalisme.


Kampai ! Le saké et la bière (Asahi ? Kirin ? Sapporo ?) coulent à flot.


A la prochaine ...

dimanche 23 novembre 2008

vendredi 21 novembre 2008

La photo japonaise contemporaine...et l'eau

Après le thème du "quotidien", continuons notre incursion dans la photographie contemporaine au Japon.
Je vous propose un regroupement thématique qui vaut ce qu'il vaut autour du thème de l'eau.
Le Japon est une île et, même si beaucoup de Japonais n'aiment pas spécialement la baignade, ils peuvent difficilement ignorer la grande bleu.

Tsuda Nao, Ship Shadow of Omi (IV), 2008 © Courtesy Hiromi Yoshii, Tokyo

Ici on a l'eau comme un miroir. Un espace translucide et verdâtre.

Ninagawa Mika, Liquid Dreams, 2003 © Courtesy of Tomio Koyama gallery

Une image très japonaise et très pop. Des couleurs saturées, de petits poissons rouge et une composition presque abstraite. La jeune photographe est très populaire, elle a fait connaître ses œuvres dans des livres qui se sont largement vendus.

Narahashi Asako, Momochi, from the series Half awake and half asleep in the water, 2003 © Courtesy Rose Gallery, Santa Monica

J'aime énormément ce travail où la ville semble surgir de l'eau.

Narahashi Asako, Kawaguchiko, from the series half awake and half asleep in the water, 2003 © Asako Narahashi, courtesy Galerie Priska Pasquer, Köln

Et celui-ci aussi, vraiment extraordinaire. On y retrouve un je-ne-sais-quoi proche des trente six vues du Mont Fuji d'Hokusai. Mais en plus lumineux.

Kajii Syoin, Untitled from the series of NAMI, 2006 Lambda print © Courtesy of the artist and FOIL GALLERY, Tokyo

Là, je ne sais pas si c'est une vraie vague, ou bien, une tempête dans un verre d'eau. La gerbe d'écume est en tout cas spectaculaire.

Asada Nobuo, A place where the sea is, 1997 © The Third Gallery Aya, Osaka

Et pour finir, un vrai morceau de mer.

dimanche 16 novembre 2008

Setonaikai, la mer intérieure japonaise : entre Okayama, Takamatsu et Tomonoura

Située entre Honshu, l'île principale de l'archipel japonais et Shikoku, la plus petite des 4, la mer intérieure ou Setonaikai est parsemée d'ilôts, cônes arides et pentus de terre sur une mer étale.


Ces paysages ont inspiré les poètes et les cinéastes, comme pour le film L'île nue, voir billet précédent.


De nombreux ferries traversent de part en part cette petite mer tranquille. Ce n'est peut-être pas très écologique mais cela vous permet d'admirer les paysages.


C'est comme à la télé, mais c'est vous qui bougez.


Un beau jour de printemps, le ferry était quasiment vide.


Je l'avais emprunté au départ de Takamatsu, la "grande ville" au nord de Shikoku. Elle n'a pas de nombreux attraits, hormis son petit château en bord de port et un beau jardin avec des palmiers - étonnants dans un jardin de style japonais.


Et son grand hôtel, toujours sur le port.


Au départ d'Okayama, on peut rejoindre Takamatsu en train (ou en voiture) en prenant le magnifique pont Seto-Ohashi.


La structure du pont est assez légère et on a l'impression de flotter au-dessus de la mer.


Un peu plus au sud d'Okayama, sur la côte de Honshu, bordand la mer intérieure, se trouve un charmant petit village de pêcheurs : Tomonoura. Le temps s'est arrêté dans ce village. La population est vieillissante. Les jeunes sont partis à la ville.


On peut dormir sur une toute petite île située juste en face du village à 200 mètres : Sensui-jima.
Il y a un onsen traditionnel sur cette île : vous transpirez dans des sortes de saunas chauffés au charbon de bois, puis dans des bains d'eau à 50 degrés avant de vous tremper dans la mer (plus ou moins chaude selon la saison).


C'est l'embarcadère sur l'île de Sensui-jima.


Et une dernière vue typique de la mer intérieure pour terminer.

Creative Commons License
Tatamisés, les fous de Japon by François-Xavier ROBERT est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.

samedi 15 novembre 2008

La photo japonaise contemporaine...et le quotidien

Paris Photo nous a donné cette année l'opportunité de découvrir la photographie japonaise de ses origines à la fin du XIXème siècle à nos jours avec des photographes contemporains jeunes ou moins jeunes. Voici une première série que j'ai nommée : "photographes contemporains du quotidien".

Les commentaires (plus ou moins inspirés) qui suivent les photos et leur copyright sont libres et de moi - aucun lien avec l'œuvre originale.


Homma Takashi, Untitled, From the séries Tokyo and my Daughter, 2005 © Courtesy Galerie Claud Delank

La mère : "Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir manger ce soir ?"
La fille qui se tait mais qui n'en pense pas moins : "J'sais pas mais j'ai faim, moi !"

Homma Takashi, Untitled, 2005br C-Print, mounted on dibond Courtesy Galerie Claud Delank, Cologne

Du même photographe, un chien après le bain. Au japon, on bichonne son chien et on le baigne une fois tous les deux jours.

Kawauchi Rinko, Untitled, from the series Utatane 2, 2008 © Courtesy of the artist and Foil Gallery, Tokyo

Ces 3 photos sont mes préférées. La série "Utatane" de l'artiste baigne dans une lumière douce, presque irréelle. Utatane traduit en japonais un état de demi-sommeil, de somnolence, de léthargie, de rêve éveillé. Cet état semble effectivement introduire un peu de magie dans des moments d'une grande banalité.

Kawauchi Rinko, Untitled, from the series of Utatane, 2001 © Courtesy of the artist and Foil Gallery, Tokyo

Kawauchi Rinko, Untitled, from the series Utatane, 2001 © Rinko Kawauchi, Courtesy Galerie Priska Pasquer, Köln

Tanaka Asako, blanc(h) handkerchief, 2003 © the artist, courtesy Base Gallery, Tokyo

Quoi de plus anodin qu'un mouchoir blanc ?

Ishiuchi Miyako , Dress, from the series Hiroshima, 2007br 154 x 100 cm Courtesy Zeit Foto Salon, Tokyo

Encore une fois, quoi de plus banal qu'une robe ? Mais cette fois la réponse est beaucoup moins évidente car il s'agit d'une relique provenant du musée de la bombe atomique d'Hiroshima. C'est un objet témoin de l'horreur de la bombe.

Ume Kayo, Ume-me © Courtesy Little More

Cette photo est en fait la couverture du livre de l'artiste paru aux excellentes éditions Little more qui ont également publié un livre que j'adore : Tokyo nobody de Masataka Nakano.
Ici, on voit une petite fille lutter avec un paquet de chips : terrifiant !

Hara Mikiko , Untitled, from the series, Is As It, 1996 Courtesy Rose Gallery, Santa Monica

Et pour finir une scène de plage, ça fait toujours plaisir !

Creative Commons License
Tatamisés, les fous de Japon by François-Xavier ROBERT est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.

lundi 10 novembre 2008

元ちとせ Hajime Chitose, une chanteuse JPOP

Hajime Chitose est une jeune chanteuse japonaise qui a commencé sa carrière à la fin des années 90. Elle combine avec élégance les influences de la JPOP, la musique de variété japonaise, et le style vocal particulier à l'archipel des Ryûkyû, archipel de l'extrême sud du Japon dont fait partie l'île d'Okinawa. Elle a un vibrato que je trouve charmant, elle oscille toujours entre les basses et les aigus en restant juste. D'autres chanteuses et chanteurs ont utilisé cette technique ou mixé la musique contemporaine avec des apports traditionnels comme le son du shamisen, sorte de luth japonais ; mais je trouve que c'est elle qui a le mieux réussi l'exercice.



Dans cette version de sa chanson Seirei, l'orchestration est réduite à un ensemble de percussions qui soulignent juste le tempo et accompagnent le chant en live de la chanteuse.



Voici les paroles en romaji (alphabet romain) de la chanson Wadatsumi no ki. Donc si vous jouez la vidéo ci-dessus, vous pouvez vous entrainer au karaoke !

Akaku sabita tsuki no yoru ni
Chiisana fune o ukabemashoo
Usui toomeina kaze wa
Futari o tooku tooku ni nagashimashita
Dokomademo massuguni susunde
Onaji tokoro o guruguru mawatte
Hoshi mo nai kurayami de
Samayou futari ga utau uta
Nami yo moshi kikoerunara
Sukoshi ima koe o hisomete
Watashi no ashi ga umi no soko o toraete
Suna ni fureta koto
Nagai kami wa eda to natte
Yagate ookina hana o tsukemashita
Koko ni iru yo
Anata ga mayowanuyoo ni
Koko ni iruyo
Anata ga sagasanuyoo
Hoshi ni hana wa terasarete
Nobiyuku ki wa mizu no ue
Nami yo moshi kikoeru nara
Sukoshi ima koe o hisomete
Yasashiku yureta minamo ni
Utsuru akai hana no shima
Nami yo moshi kikoeru nara
Sukoshi ima koe o hisomete

(Album Hainumikaze chez Epic Records)



Un dernier aperçu, très JPOP, une romance du nom de Maboroshi no tsuki qui correspond bien au style de la chanteuse.
Et la retranscription des paroles pour les amateurs :

Akai kudamono o gariri to kamimashita
Nureta kuchibiru ga nuranura to hikarimasu

Yawarakai nuno de karada o fukimashita
Koboreru shizuku wa dare no namida deshouka?

Maboroshi no tsuki no kage o bonyari to nagamete imasu
Aragaenu kono omoi ni kokoro wa kusuburimasu

Ame ga furu mae no nioi o kagimashita
Kizukarenu hana ga hitori de saite imasu

Nodo ni nagareru mizu no tsumetasa

Nadarakana saka no ue o karakara to aruite imasu
Kawakanai kami no mamade nanika o samasu youni

Maboroshi no tsuki no kage ga dokomademo tsuite kimasu
Shizumaranu kono omoi ni kokoro mo akaku naru no desu

(Epic records)

dimanche 9 novembre 2008

MOA, Museum Of Art à Atami

Dans un billet plus ancien intitulé La danseuse d'Izu, je vous parlais d'une très jolie balade au départ de Tokyo en logeant la baie par le versant ouest de la péninsule d'Izu. Cette balade commence à Atami, la station balnéaire de la péninsule la plus proche de la capitale. Atami est une ville assez ingrate son magnifique front de mer a été défiguré par des constructions ignobles. L'urbanisme est de "bric et de broc" et on sent bien que c'est toujours le constructeur le plus offrant qui a eu le dernier mot ! Sa plage n'est pas très accueillante.
C'est donc bien la partie haute de la ville qui est la plus intéressante.


Quand vous arrivez en train, la gare est un endroit fort sympathique où l'on trouve de multiples échoppes de souvenirs et de nourritures traditionnelles. De même pour l'artère commerçante recouverte d'un auvent, immédiatement à droite de la gare en descendant vers la mer.
Notre balade d'aujourd'hui commence de l'autre côté de la gare, à flanc de colline. Et ça monte ! Il faut suivre ces drôles de panneaux marron marqués "MOA".


Ou ce panneau "petit train" à la locomotive "MOA".


Au terme d'une grimpette d'une vingtaine de minutes, vous arrivez à un premier pallier où se trouve ce bâtiment blanc néo-quelque chose qui tient à la fois du temple bouddhiste et de la salle de concert.


Continuez un peu à travers des jardins à flanc de colline et vous arrivez à un deuxième pallier avec cette entrée creusée dans la montagne. C'est le point de départ de votre visite du Musée des beaux-arts d'Atami.


De gigantesques escaliers mécaniques vous mènent au bâtiment d'exposition à travers des galeries creusées dans la roche dont l'éclairage varie, créant une lumière assez irréelle.


Ce musée et les collections d'art ancien qu'il abrite est l'oeuvre d'un esthète,
Okada Mokichi, qui voulait oeuvrer pour la préservation du patrimoine artistique japonais et la transmission de cet art aux générations futures. Ci-dessus, vous pouvez voir une reproduction fidèle du pavillon de thé doré de Toyotomi Hideyoshi. Ce grand shôgun l'avait fait construire au 17e siècle. Il était portable et il l'a utilisé à Kyôto.


Voici le bâtiment principal d'exposition.


On y a une vue imprenable sur la mer.


Des peintures, des calligraphies, des sculptures et des poteries anciennes, patiemment récoltées par le fondateur et son équipe, composent l'essentiel des collections.


Attenant au musée, se trouvent deux jardins : un jardin traditionnel dont le principal attrait est le pavillon de thé où vous pouvez déguster un thé vert...

...le voici...


...avec son jardinet...


...et un jardin de bambous pour clore notre visite.

Creative Commons License
Tatamisés, les fous de Japon by François-Xavier ROBERT est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.

lundi 3 novembre 2008

TOKYO SONATA - sortie en salle le 25 mars 2009

Dans mon billet du 02 juin dernier, je vous faisais part de mon enthousiasme après avoir vu TOKYO SONATA, le dernier film de Kiyoshi KUROSAWA. Je suis donc très heureux de vous annoncer sa sortie en salle pour le 25 mars 2009.

Pour patienter, voici deux beaux entretiens du réalisateur et de son acteur principal.
Les deux entretiens ci-dessous, l'un de Kiyoshi KUROSAWA et le deuxième de Teruyuki KAGAWA, sont reproduits avec l'aimable autorisation de ARP sélection.

TOKYO SONATA
Kiyoshi KUROSAWA : Réalisateur / Scénario

Ce film met en scène une famille ordinaire dans le Japon contemporain. Je pars d’une situation où les mensonges, le doute et l’incommunabilité se sont installés dans cette famille. Sans aucun doute, ceci est contemporain et ceci est le Japon. Pourtant, je voudrais montrer une lueur d’espoir à la fin. Puis-je faire cela ? Et si j’y arrive, est-ce que cela sauverait une famille ordinaire ?
Je l’ignore.
Et comme je l’ignore, j’ai eu le désir de faire ce film.

Kiyoshi Kurosawa

ENTRETIEN

Vous vous étiez déjà écarté des films d'horreur, avec "Bright future" par exemple. Mais "Tokyo Sonata" marque un changement bien plus profond dans votre filmographie.

J'espère que le public comprendra que ce film est très différent de tous ceux que j'ai réalisés jusque là. Cela fait dix ans que mes films sont montrés à l'étranger. Durant cette décennie, une nouvelle génération de réalisateurs bien plus jeunes que moi ont été découverts. De nouveaux genres de cinéma, comme la nouvelle vague des films d'horreur japonais, sont apparus, et j'ai essayé de rester en phase avec ce qui se passait. Pourtant, je n'ai jamais pu me défaire du sentiment que ces films ne sont que les conséquences de tout ce que nous n'avons pas réussi à accomplir au vingtième siècle. Je me suis dit qu'il était temps que je réfléchisse à ce que représente le cinéma, en me plaçant dans une perspective différente.
Je me demande vraiment quel genre de génération est celle du vingt et unième siècle. Pourquoi ce sentiment de confusion ? Pourquoi est-ce si loin de la vision du futur que nous avions au vingtième siècle ? Qui est responsable de la façon dont les choses ont évolué ? C'est difficile de trouver une réponse. "Tokyo Sonata" est une façon de me forcer à me poser ces questions, et j'espère que ce film marque pour moi un nouveau départ.

Ce titre "Tokyo Sonata" évoque les films d'Ozu, qui parlent également de la famille. Etait-ce une intention délibérée ?

Le titre en lui-même n'a rien à voir avec Ozu. Il a pour référence une sérié télévisée japonaise qui repasse souvent, et qui met en scène le quotidien d'une famille ordinaire. Dans ce sens, le titre va bien avec le sujet. Mais je suis un immense fan de l'oeuvre d’Ozu. Alors, même si ce n'était pas intentionnel, peut-être qu'inconsciemment certaines scènes du film évoquent son cinéma. Je m'en suis rendu compte au fil du tournage. C'est un honneur pour moi que mon film puisse vous évoquer Ozu, mais cela me fait peur aussi…

Vos films sont généralement très allégoriques, et celui là ne faillit pas à cette règle. Dans quelle mesure peut-on dire que cette famille incarne le Japon ?

Avec ce film, j'ai tenté de dessiner le portrait d'un petit drame qu'on peut trouver dans n'importe quelle famille vivant à Tokyo aujourd'hui, et de le faire sans aucune exagération. Mais ces personnages ne sont pas pour autant coupés du reste du monde. Qu'ils en aient ou non conscience ils sont sans cesse soumis aux forces d'un monde qui les dépasse et les malmène. La famille de mon film est directement reliée au Japon, qui lui-même est directement relié au reste du monde. Vaut-il mieux protéger désespérément ce qui existe dans le pays, ou libérer toutes nos forces vers l'extérieur ? Il y a énormément de Japonais qui font face à ces choix chaque jour, c'est pourquoi le vingt et unième siècle est celui de la confusion. Et je suis un de ces japonais, je ressens cette confusion.

Y-a-t-il réellement de nombreux japonais au chômage qui prétendent aller chaque jour travailler ?
Depuis les années quatre vint dix, on sait que ce sentiment de "travail à vie" auquel les Japonais étaient accoutumés appartient désormais au passé. Comment cela a-t-il évolué ?

Je pense que parmi les nombreux cadres qui partent travailler chaque matin, une grande partie d'entre eux est au chômage. Depuis toujours, les pères japonais préservent leur autorité sur leur famille en faisant de leur vie extérieure un mystère que la famille ne doit jamais percer. Pour garder un secret, les Japonais sont imbattables. Continuer à travailler, en cachant vos réelles capacités, est la clé de voute de ce mythe du "travail à vie". Je pense que le principe de stabilité que ces habitudes protègeaient vit ses derniers moments.

Dans le scénario original écrit par Max Manning, l'histoire était focalisée sur le père et son fils. Dans votre adaptation, vous avez renforcé le rôle de la mère, faisant d'elle l'arc émotionnel du film. Pourquoi lui avoir donné cette place proéminente ?
Je voulais que cette famille soit typiquement japonaise : le père, la mère, les deux enfants. Donc il fallait forcément redessiner la mère. Elle est la seule à ne pas sortir de la maison, elle ne connait aucun des conflits avec le monde extérieur que le reste de sa famille affronte chaque jour. C'est à cause de cela qu'elle devient le meilleur symbole de la famille. Si elle est détruite, sa famille est détruite. Si elle renait, sa famille renait.

Est-ce que les sentiments ambivalents et la perte de confiance que le jeune fils ressent envers l'école et ses professeurs (ces piliers de la culture japonaise) symbolisent la naissance d'une nouvelle génération, plus libre d'exprimer ses états d'âme ?

Dans chaque pays, dans chaque génération, les jeunes se rebellent contre les figures d'autorité qu'incarnent l'école et les professeurs. Kenji est un gamin en passe de devenir un jeune homme. Je voulais montrer comment un seul acte de rébellion va l'isoler complètement de la société dans laquelle il vit. Il se sent seul, pour la première fois de sa vie. Ce sentiment ne disparaît pas quand il rentre chez lui, ni quand il s'enfuit. Finalement, la police l'attrape et le traite comme un criminel. C'est sans doute cela, pour un adolescent, devenir adulte…

Le personnage du fils aîné, qu'on voit peu, est le plus politique du film. Une scène de bus fait penser aux films japonais sur la seconde guerre mondiale, avec le fils patriote qui salue sa mère malheureuse de le voir partir au front. Est-ce de votre part un commentaire sur les rapports que le Japon entretient avec les Etats-Unis ?
Plutôt qu'un commentaire personnel, j'y vois la réalité du Japon d'aujourd'hui. S'il était possible à des jeunes Japonais de s'engager aussi facilement dans l'armée américaine que dans le film, je pense que de nombreux Japonais le feraient. Ce n'est pas tant qu'ils aiment la guerre. Mais c'est une façon d'échapper à cette sensation d'étouffement qu'on ressent au Japon, au point que la guerre devienne une option. Le Japon interdit de s'engager, mais du bout des lèvres. Et les jeunes sentent qu'il va bien falloir que les choses changent au Japon. J'ai peur pour mon pays, je le dis du fond du cœur. Mais comme le père du film, je ne sais pas ce que je pourrais dire à ces jeunes pour les convaincre de ne pas partir faire la guerre.

Votre acteur fétiche, Koji Yakusho, tient le rôle peu banal d'un cambrioleur dépressif. Son personnage apporte un humour imprévisible à une situation a priori très tendue.Comment ce rôle a-t-il évolué, compte-tenu de la personnalité de Yakusho ?

Koji Yakusho incarne toujours une sorte de hors la loi dans mes films. Dans cette famille, personne n'a l'étoffe d'un hors la loi. Mais comme je voulais que cette famille connaisse une réelle destruction, dans la seconde partie du film, j'avais besoin qu'un hors la loi surgisse brusquement du monde extérieur. Et cela va comme un gant à Koji Yakusho, je n'aurais pas pu imaginer quelqu'un d'autre dans ce rôle. J'ai eu l'immense chance qu'il accepte un rôle aussi petit avec autant d'enthousiasme. En plus, il s'agissait d'incarner le hors la loi le plus minable de tous mes films ! Ce cambrioleur est plus timide que le père de famille, ou même que son jeune fils. C'est ce qui le rend aussi drôle parfois…
Copyright © ARP 2008

FILMOGRAPHIE SELECTIVE

1983 Kandagawa wars

1985 The Excitement of the Do Re Mi Fa girl

1992 The guard from the Underground

1997 Cure1998 License to live (Festival de Berlin)

1999 Charisma (Quinzaine des réalisateurs)

1999 Barren illusions2000 Kaïro2001 Pulse (Un certain regard, Prix de la critique)

2003 Jellyfish (Festival de Cannes, en compétition)

2006 Retribution (Festival de Venise, hors compétition)

Copyright © ARP 2008


TOKYO SONATA
Teruyuki KAGAWA : acteur

ENTRETIEN

C'est votre deuxième collaboration avec Kurosawa, dix ans plus tard. Sa façon de mettre en scène a-t-elle changé ?

Son style de mise en scène n'a pas changé. Mais il dirige désormais sans avoir besoin de mots. Avant, sa façon de nous diriger était plus concrète, mais cette fois, il a su créer une atmosphère très particulière sur le plateau. Son style est très limpide, mais, plutôt que de parler ou de donner des indications techniques, sa façon d'être suffit à créer un environnement intangible, mais très caractéristique de son cinéma. Quelques soient les acteurs ou les membres de l'équipe, lorsque vous arrivez sur le plateau, vous êtes aussitôt dans un film de Kurosawa.
Il crée un monde qui tourne autour de sa mise en scène. C'est comme s'il y avait d'invisibles rayons infrarouges sur le plateau. Donc, même si vous avez le sentiment d'y évoluer librement, vous êtes en réalité dans les rails qu'il a organisées et installées pour vous. Lors de notre collaboration précédente, il parlait, c'était amusant. Mais c'est la première fois que je découvre la capacité d'un réalisateur à créer sur le plateau un monde qu'on devine et qui nous guide.
Le charisme, la présence de Kurosawa sont incroyables.
J'espère que ce film expliquera à tous pourquoi Kurosawa a tourné des films d'horreur durant dix ans. Même dans ce film, on voit les conséquences du travail qu'il poursuit depuis "Cure". On sent l'horreur qui se cache derrière chaque plan, et quand la caméra panote, on s'attend presque à découvrir une femme détrempée assise dans un coin sombre. Mais, pour la première fois dans ses films, cette femme n'apparaît jamais. Je crois que ses films d'horreur antérieurs étaient une façon de faire exploser les corps, et qu'avec ce film là il nous délivre enfin un coup de point au visage. Et ce fut pour moi une joie miraculeuse que de participer à la délivrance de ce coup de poing.

Vous avez incarné des personnages très peu conventionnels dans plusieurs films. Votre rôle dans "Tokyo Sonata" est sans doute le plus banal que vous ayez jamais joué. Comment ce personnage trouve-t-il sa place dans votre filmographie ?

Comme nous n'avions pas collaboré depuis dix ans, j'avais demandé à Kurosawa quels films je devrais regarder pour me préparer à ce personnage. Il m'a cité "La strada" de Fellini et "Et la vie continue", de Kiarostami, en précisant que ces deux person-nages masculins ressemblaient au mien, à Ryuhei. Ils sont détachés du monde, qu'ils regardent avec une certaine distance. Ryuhei vit à Tokyo, un chinois récupère le travail dont on le prive, il assiste, impuissant, au départ de son fils pour l'Amérique. Il est exactement dans la position qui est celle du Japon aujourd'hui. Le message de Kurosawa est clair : même quand on vit à Tokyo, on est affecté par les mouvements du monde, et c'est important de conserver à tout moment une vision du monde. Ryuhei incarne ce point de vue, et même s'il semble se concentrer sur un point précis, sa vision est plus lointaine, il voit au-delà de son quotidien.

Comment voyez-vous votre personnage ? Vous le trouvez pitoyable ou courageux ?
Il est l'incarnation du Japon. Si vous le trouvez pitoyable, alors le Japon l'est aussi. Sans doute ce pays est-il pitoyable par certains aspects. Dans ce film, Kurosawa montre, d'une façon à la fois cynique et chaleureuse, comment le Japon est vu par le reste du monde. Ryuhei, par exemple, utilise son autorité de père pour mener ses enfants à la baguette, mais à son travail il est quantité négligeable et il ment à celle qui devrait être son égale : sa femme. Le conflit qu'il ressent entre être honnête et être respecté, entre dire la vérité et préserver son image, est un problème typiquement inhérent au Japon, et à travers lui Kurosawa met en scène un personnage qui porte sur les épaules tous les problèmes auxquels le Japon est confronté aujourd'hui. C'est pourquoi je ne veux pas juger mon personnage, car je pense qu'il y a en lui à la fois des côtés pitoyables et des côtés courageux.
Mais ce que j'aime le plus chez lui, c'est qu'il ne meurt pas après avoir été renversé par un camion. Il ne peut pas mourir. Ce qui le fera revivre, c'est la musique. L'art est la seule chose qui puisse nous sauver. La dernière scène est très cinémato-graphique, car il fallait cela pour sauver cette famille. L'art est bien la seule chose qui transcende les frontières et qui soit internationale. Rien d'autre ne sauvera Ryuhei : ni son travail, ni le Japon, ni même l'Amérique. Alors d'où peut venir l'espoir ? Le film répond à cette question avec un message qui explique pourquoi Kurosawa fait des films. Ce récital de piano est un instant crucial, car c'est à ce moment là que Ryuhei renait à la vie, et j'espère qu'on peut dire la même chose du Japon. J'ai joué cette scène en me disant qu'à cet instant précis, Ryuhei incarnait le pays tout entier. Cette scène exprime ce que cela signifie, être un acteur ou un réalisateur au travail dans le Japon d'aujourd'hui, et permet de comprendre ce qui nous pousse à faire des films.

Copyright © ARP 2008

FILMOGRAPHIE SELECTIVE

2000 Des démons à ma porte (Jiang Wen)

2002 KT (Junji Sakamoto)

2003 Nuan (Huo Jianqi)

2006 The Go Master (Tian Zhuangzhuang)
2007 Sukiyaki Western Django (Takashi Miike)
Copyright © ARP 2008